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états de faits

02.10 - 21.11 20

la Serre, Saint-Étienne

La chambre noire est le dispositif le plus éloigné de celui de la serre. Quand la pratique de la photographie nécessite l’ombre, la croissance des plantes demande du soleil. Il pourrait paraître paradoxal de chercher à réunir ces deux lieux mais ce serait oublier qu’ils entretiennent un rapport spécifique au temps qu’ils mettent en scène. La serre permet l’entretien des espèces botaniques les plus fragiles, et place la vie des plantes au centre des regards dans une architecture qui est aussi, palais de cristal, celle des grandes expositions. La chambre noire condense en une image un moment, un mouvement qu’elle résume en deux dimensions et avec parfois des effets de flou. Anthony Plasse ne cherche pas l’image mais quelque chose d’antérieur encore, une aura, une ombre. Il n’a pas besoin d’appareil pour toucher au coeur de son médium : la lumière. En usant des révélateurs pour aller au-delà des surfaces des lieux qu’il habite, il propose une archéologie de la lumière, une spectrographie révélant la manière dont les murs irradient. Travaillant in situ l’artiste joue de l’exposition pour proposer une expérience du temps et de la durée. Sans changer les plantes de place dans son processus, il concentre les regards sur cet environnement particulier et révèle le rythme d’une vie végétale.

 

Avec états de faits, Anthony Plasse prend la position d’un observateur tenant compte de ce qui le précède, enregistrant les

informations et leur donnant forme. Il s’est intéressé autour de ce bâtiment du XIXème à l’histoire contemporaine de

Saint-Étienne et de ses manufactures. La question du motif a guidé ses recherches. Nombre de dessinateurs industriels ont pu s’inspirer de plantes ou de fleurs pour leurs ornements. Ces motifs codés pour être reproduits par des machines et diffusés largement participent en plein de la reproductibilité technique qu’analysait Walter Benjamin dans son essai célèbre L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. Bien qu’Anthony Plasse travaille un même espace, ses impressions ne sont jamais identiques. La question du sujet le hante, qu’est-ce qui fait image ? Que représente réellement une image ? Les toiles qu’il manipule témoignent de la forme d’une architecture, de ses bords mais les variations de gris qu’il matérialise n’ont rien à voir avec ce que nous percevons ordinairement du réel. À taille humaine, à l’échelle des bras de l’artiste, ces toiles tendues sur châssis rendent tangible ce que nous ne pouvons percevoir. Suspendues par des câbles, elles résonnent avec les montants de la verrière et nous donnent à saisir une transparence.

 

L’artiste ne cache pas ses gestes, la trace de ses doigts fait partie de la matérialité de ses formats au même titre que les poussières qui auraient pu être capturées. On les saisit mieux dans l’exposition de différents formats mis côte à côte ; dans les nuances, dans les replis aussi de la toile. Pour la première fois, Anthony Plasse montre les plis avec lesquels il travaille, qui sous-entendent directement un déploiement dans l’espace et une profondeur. États de faits révèle autant un lieu qu’une pratique. Il s’agit d’une démonstration qui varie avec les heures du jour ; il s’agit d’un espace de temps que l’on donne à voir. Entre les plantes, la lumière passe toujours et comment y rester indifférent ?

 

 

Henri Guette

wall of a darkroom 2, gelatin silver print on canvas, 250 x 175 cm (x2), 2020

gelatin silver print on canvas, 250 x 175 cm, 2020

©  Anthony Plasse